"Donges-Est sortira de terre à l’horizon 2010"

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Journal de la Marine Marchande: En 2005, le port de Nantes/Saint-Nazaire a atteint un nouveau record historique de ses trafics. Pensez-vous que 2006 confirmera cette tendance?

François Marendet: "2005 a été exceptionnelle grâce à une forte demande de produits pétroliers liée à la fermeture de raffinerie aux États-Unis après le passage de l’ouragan Katrina. Sur les huit premiers mois de l’année, nos trafics sont stables. Dans le détail, si les produits raffinés sont en perte de vitesse, ils sont compensés par une hausse des marchandises diverses. Les trafics conteneurisés progressent par exemple de 2 %. Cette performance tient au renforcement de lignes sur le terminal de Montoir, comme celles de MSC et de Mærsk Line. Nous consolidons nos positions sur l’Asie et l’Océanie, alors que nous perdons du volume sur l’Afrique de l’Ouest, du Centre et l’Amérique du Sud. Second poste à compenser les pertes, les vracs agroalimentaires. Nous avons vécu une campagne céréalière 2005/2006 exceptionnelle. Nous avons, avec la péninsule Ibérique, un marché privilégié. De plus, les céréales ont été de bonnes qualités cette année."

JMM: Dans quelle mesure les trafics énergétiques perdent-ils en proportion?

F.M.: "Les produits énergétiques conservent une part importante dans nos trafics. Cependant, sur les huit premiers mois de l’année, ce trafic est resté stable. Dans le détail, le pétrole baisse en raison d’une demande plus faible. Les produits raffinés sont aussi un repli en comparaison à 2005. Par rapport à 2004, les raffinés sont en progression de 10 % ce qui est encourageant. Quant au GNL (gaz naturel liquéfié), il ne progresse pas autant que nous le souhaiterions. Le prix du gaz étant plus élevé aux États-Unis, des navires y sont détournés plutôt que de venir décharger dans notre terminal.

Des baisses sont aussi intervenues sur les trafics de diverses. Ainsi, sur cette période, les bois ont accusé une forte chute. Plusieurs causes y participent: une situation politique peu stable en Afrique et une reprise de ces trafics par la conteneurisation. Enfin, pour finir ce tour d’horizon, les trafics rouliers n’ont pas été à la hauteur de nos espérances. La fin de la construction de la Xsara Picasso, fabriquée en Espagne, et une conjoncture difficile expliquent en partie cette baisse. En outre, l’appel d’offres lancé par Gefco, et remporté par Trasmediterranea et UECC s’inscrit dans une stratégie à court terme. Nous nous interrogeons sur la pérennité de cette ligne à longue échéance."

JMM: Restons un moment sur ce sujet du roulier, et plus particulièrement de l’autoroute maritime transgasconne. Ce projet, initié par le port est aujourd’hui passé dans les mains de l’Acel, une association regroupant les principales collectivités locales ligériennes. Cela signifie que ce projet vous échappe et qu’il peut changer de direction?

F.M.: "Le projet d’autoroute maritime demeure le même: il est un tronçon maritime entre deux voies terrestres. Lorsque nous avons présenté ce projet, nous avons démontré qu’il s’agit d’un système de transport routier et logistique, pas uniquement portuaire. La place portuaire a toujours été derrière ce projet. Il y a un an et demi, les collectivités locales ont considéré que cette autoroute maritime était porteuse pour l’avenir.

Les études menées par le port sont terminées; elles démontrent de la pertinence du projet. Avec les collectivités nous allons maintenant passer dans une phase pré-opérationnelle. Il s’agit de monter le tour de table financier. Le schéma auquel nous réfléchissons sera original par rapport à ceux qui existent actuellement. Quant à une éventuelle participation financière du port dans ce projet, la question n’est pas encore à l’ordre du jour.

Au final, l’Acel continue de porter ce projet. Le calendrier est respecté pour que l’autoroute maritime transgasconne devienne réalité en 2009/2010."

JMM: Ce projet d’autoroute nous renvoie vers les aspects de desserte terrestre du port. Si votre établissement bénéficie d’une bonne connexion avec le réseau routier, qu’en est-il des dessertes ferroviaires?

F.M.: "Notre port dispose de bonnes connexions avec le réseau routier. Le ferroviaire est plus problématique. L’enjeu pour notre port ne se porte pas sur les infrastructures, mais plutôt sur le service. Nous aurions besoin d’une navette ferroviaire hebdomadaire reliant le port au Havre, à Marseille, aux régions parisienne et Rhône-Alpes pour capter de nouveaux trafics. Actuellement, nous ne disposons d’aucun service sur aucune région. Cette liaison nous permettrait de nous positionner face aux autres ports français comme Le Havre ou Marseille.

JMM: Appelez-vous de vos vœux l’arrivée d’un opérateur privé pour réaliser ces liaisons?

F.M.: "Nous avons des contacts avec plusieurs opérateurs privés. Nous espérons aboutir sur ce dossier dans les prochains jours."

JMM: Vous avez inauguré un nouveau portique pour le terminal de marchandises diverses de Montoir. Quels sont vos projets d’investissement pour les prochains mois?

F.M.: "Nous avons deux projets de grande envergure: l’autoroute maritime et l’extension de notre port sur le site de Donges-Est. Le premier a d’ores et déjà été abordé. Quant au second, il est en passe de se réaliser. Hormis ces deux grands projets, nous n’avons pas de plan pour une extension de notre port. Nous souhaitons surtout maintenir notre patrimoine d’outillage. Nous avons engagé un programme important de réhabilitation et d’entretien de nos outils. De plus, nous restaurerons la porte de la forme Joubert et les écluses.

En matière d’infrastructures, nos besoins devraient être couverts par Donges-Est. Cet aménagement, qui représente un investissement de 58 M€, permet de répondre à la saturation du terminal agroalimentaire et multivracs de Montoir-de-Bretagne, que les différents projets annoncés depuis le début de l’année 2006 ont confirmé (Diester, Cargill, centrale combiné-gaz, développement de Yara pour l’accueil de CO2 liquide…). Aujourd’hui nous pouvons accueillir les sociétés qui le souhaitent. Nous voyons des trafics de vracs de récupération arriver, comme des vieux pneus ou de la ferraille. Nous allons avoir besoin d’espace dans les prochaines années."

JMM: Donges Est prend une place d’importance dans l’avenir de votre port. Après avoir fait l’objet d’un recours devant le tribunal administratif, pensez-vous que ce projet prenne du retard?

F.M.: Donges-Est se fera. Le préfet de Loire-Atlantique lui a donné son autorisation. Certes, le calendrier n’est pas tenu, mais, à l’horizon 2010, Donges-Est sortira de terre. Comme je l’ai expliqué, cette extension de notre port est vitale pour notre développement. Le 19 septembre, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête des associations contre ce projet. (NDLR: à cette décision du tribunal administratif est venue se greffer l’annonce, par le ministre des Transports, Dominique Perben, qu’il avait signé l’autorisation ministérielle de démarrage des travaux. Cette décision clôture la procédure prévue par le Code des ports maritimes.) À l’issue de la première phase des travaux, le site de Donges-Est présentera un terre-plein de 50 ha, en première zone portuaire, et un quai de 500 m. Deux postes permettront l’accueil de navires jusqu’à 12 m de tirant d’eau. Ce projet n’oublie pas les aspects environnementaux. 4,57 M€ seront investis sur ce site et un fonds de 1,52 M€ sera créé pour gérer et entretenir les mesures compensatoires."

JMM: En novembre, le conseil d’administration a adopté le projet d’entreprise. En quoi consiste ce projet et quelles sont ses applications concrètes aujourd’hui?

F.M.: "Avant d’aborder dans le détail ce projet, il est important de rappeler qu’il a été adopté à une très grande majorité. Nous avons eu un vote contre et quatre abstentions. Depuis novembre, ce projet se met progressivement en place, et l’ensemble des salariés du port se l’approprie. Je considère que c’est une réussite.

L’objectif de ce projet est de changer la façon de gérer les relations sociales dans notre port. À chaque projet du port se rattache un comité de pilotage composé de personnes provenant d’univers différents. Chacun apporte son savoir-faire et sa façon de voir le projet. Aujourd’hui, nous avons une trentaine de projets en cours. D’autres vont naître dans les prochaines semaines.

À titre d’exemple, nous avons un comité de pilotage qui réfléchit sur la politique tarifaire du port. Il s’agit de refondre complètement notre tarification avec une évolution différente selon le type de trafic. Dès le mois de janvier, nous avons pu mettre en place une politique tarifaire minutieuse. Il est toujours en cours et d’autres améliorations de cette tarification sont encore à améliorer. Si nous avons réfléchi en interne sur ce point, nous avons aussi étroitement intéressé les entreprises du port à notre réflexion.

Avec ce projet d’entreprise, nous appliquons un management transversal qui nous permet d’aborder les grandes orientations de notre port à travers tous ses aspects."

Un projet d’entreprise se met en place

Après une réflexion engagée en octobre 2004, le Port autonome de Nantes/Saint-Nazaire a engagé d’un projet d’entreprise. Ceci, afin de s’adapter aux évolutions économiques: mondialisation des échanges, concentration armatoriale, nouvelles directives européennes, politique gouvernementale, réflexion des collectivités locales, futurs schémas de transport, besoins des opérateurs, attentes des chargeurs ou questions liées à l’environnement. Six grandes orientations ont été définies pour 2005-2010:

• consolider et diversifier le positionnement énergétique du port;

• conforter et asseoir les trafics vraquiers en renforçant le rôle de plate-forme de transit sur les vracs agroalimentaires et en développant les vracs industriels;

• faire émerger un pôle logistique majeur, conteneurs et rouliers, avec les collectivités territoriales, à partir de la création de réseaux, de l’expérimentation de transport multimodal et de développement de modes alternatifs

• redresser la situation pour les activités les plus déficitaires, tout en contribuant à la compétitivité globale du passage portuaire;

• optimiser l’offre et le coût des accès nautique;

• adopter un nouveau mode de management.

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