Le plein d’énergie

Article réservé aux abonnés

On l’oublie trop souvent, mais Dunkerque est un port pétrolier important. Le port nordiste a établi un nouveau record de trafic d’hydrocarbures en 2005, à 14,13 Mt, en hausse de 24,3 %. Cette activité représente un bon quart du tonnage annuel du port. Le brut (6,58 Mt) ne réalise pas une performance exceptionnelle, puisque l’installation de Total n’est saturée qu’à 7 Mt. Mais les seuls produits raffinés ont progressé de 30 %, pour un total de 7,55 Mt. Les entrées de raffinés progressent de 9,3 %, les sorties de 51,3 % à 3,65 Mt.

Une progression réelle

Des chiffres impressionnants, mais à pondérer toutefois sur la progression, car l’année 2004 avait été marquée par des arrêts d’installation à la Raffinerie des Flandres de Total et au vapocraqueur de Polimeri Europa. Mais la progression est néanmoins réelle. Elle s’explique par des notions à la fois conjoncturelles et structurelles.

Conjoncturelles, puisque les marges de raffinage sont bonnes ou excellentes. Structurelles, parce que les déséquilibres de marché favorisent les échanges. La France est structurellement excédentaire en essence, produit qui manque aux États-Unis. La hausse annuelle de la consommation d’essence aux États-Unis équivaut presque à la consommation annuelle de la France. Cela explique en grande partie des chargements très actifs vers cette destination. Par contre, la France manque de gasoil. Produire davantage de gasoil est toujours possible, mais la charge supplémentaire craquées produit simultanément toutes autres coupes d’hydrocarbures, y compris les essences qu’il faut alors réexportées avec des marges réduites par le surcoût logistique. Total RF résout l’équation en important du gasoil hors normes européennes, qui est retraité sur place et remis en marché, ou des résidus atmosphériques (RAT, le bas de colonne de premier craquage) venus d’autres raffineries européennes. Dans tous les cas, cela encourage le trafic.

Le modèle a néanmoins ses limites. Pour satisfaire aux normes européennes de production à bas soufre, le pétrolier français a successivement investi 15 et 60 M€ dans les unités de désulfuration des essences et du gasoil. L’unité dite à boucle haute pression permet de produire davantage de gasoil avec la même charge de brut. Les importations de charge supplémentaires ont donc commencé à diminuer dès la fin de l’année 2005, avec la mise en service de cette nouvelle installation. Il ne faut pas s’attendre donc à un nouveau record en 2006, au contraire. D’autant que les activités de SRD, la Société de Raffinage de Dunkerque, détenue par Exxon l’opérateur, Total et BP sont au mieux stables, de même que celles de Polimeri Europa. À noter néanmoins que ce dernier procède cette année à un dégoulottage de son installation, qui lui permettra de travailler entre 5 et 10 % de charge supplémentaire.

Quid des biocarburants?

Le dernier appel d’offres lancé par le gouvernement devrait donner la part belle à Dunkerque en matière de production de biocarburants diesels. Trois projets sont en lice, portés par l’importateur raffineur d’huiles et graisses Daudruy Van Cauwenberghe, par Lesieur, la filiale du trust français des oléagineux Sofiproteol (marque Diester), et par un mystérieux troisième larron, qui pourrait bien être l’allié de Diester Industrie sur le biodiesel, c’est-à-dire Total. Rien n’est décidé. Les demandes portent sur 450 000 t, qui doivent donc faire l’objet d’une autorisation de défiscalisation. Pour Bercy, rien ne presse, semble-t-il. Quelle influence sur le trafic portuaire? Rien de quantifiable. Elle peut être négative, avec une baisse des mouvements d’hydrocarbures. Elle peut être positive, avec des réceptions d’huiles et graisses supplémentaires (Ruby Terminal semble bien placé), et des expéditions de biocarburant prêt à l’emploi vers des raffineries ou dépôts européens. Il n’y a pas de marché nouveau ou ancien sans échanges.

Le projet Brighton

Total RF exporte beaucoup vers les USA, mais aussi vers le Royaume-Uni. Pour des raisons de proximité, le groupe a chargé la raffinerie nordiste d’approvisionner un dépôt sud. Ce trafic s’effectue par un cabotage fréquent de petites unités de 1 500 tonnes environ. Le terminal a été adapté à cet usage particulier, investissement achevé en août 2005 sous le nom de “projet Brighton”. De 222 caboteurs chargés en 2004, Total RF est passée à 328 en 2005, et devrait se tenir à un niveau légèrement supérieur cette année.

Dossier

Archives

Boutique
Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client abonnements@info6tm.com - 01.40.05.23.15