Sans que leur nombre ait beaucoup évolué ces dernières années, les opérateurs de fret ferroviaire opérant en France ont été en mesure de reprendre des parts de marché à la route en 2021. Cette embellie s’est poursuivie en 2022 avec des croissances à un ou deux chiffres observées. Toutefois, les statistiques globales pour l’ensemble du secteur ne devraient être disponibles que d’ici quelques semaines.
Fret SNCF en tête
Pour l’heure, ce sont les deux entités de Rail Logistics Europe (RLE) qui détiennent les parts de marché les plus importantes. En dépit d’une baisse de huit points en quatre ans seulement, Fret SNCF arrive en effet toujours loin en tête avec 49 %, suivi par Captrain France avec 14 %. Les opérateurs issus de l’ouverture à la concurrence progressent pour leur part, mais de manière peu spectaculaire. C’est ainsi que DB Cargo France détient 13 % de parts de marché tandis qu’Europorte émarge à 5 %. Naviland Cargo et Lineas France sont à 4 % chacun tandis que Régiorail et Millet Rail sont à 2 % chacun. Enfin, la part des autres entreprises ferroviaires s’établit à 7 %.
L’opérateur historique fragilisé
Cette répartition pourrait être amenée à évoluer très sensiblement en prolongement des mesures qui seront prises concernant Fret SNCF. Une part non négligeable de son trafic, dont celui des trains dédiés, pourrait être transférée à d’autres opérateurs à partir de janvier 2024. Filiale de RLE, Captrain France en sera exclue, tout au moins pour une période de cinq ans.
S’agissant des autres opérateurs, l’effet d’aubaine est loin d’être avéré. Attentifs à l’évolution de la situation, ils préfèrent raisonner clients, l’idée étant de leur apporter des solutions pour assurer une continuité de service. C’est tout à leur honneur même si le premier trimestre 2023 leur a fait perdre des millions d’euros à cause des mouvements sociaux et des surcoûts de l’énergie électrique. De leur capacité à faire revenir les chargeurs repartis à la route dépendra l’évolution de leurs taux de croissance, l’objectif global restant toujours le même, à savoir le doublement de la part du fret à 18 % à l’horizon 2030.
Le nouvel effort de l’Etat
Nombre d’intervenants sont toutefois pleinement convaincus que cette ambition ne pourra pas être atteinte à cette échéance. Mais ils apprécient dans le même temps toutes les mesures d’accompagnement prises par le Gouvernement pour développer le fret. C’est ainsi que 200 M€ supplémentaires par an seront mobilisés jusqu’en 2030. Cela signifie que l’aide de l’Etat sera ainsi passée de 80 M€ en 2017 à 175 M€ en 2020, 300 M€ en 2022 et 330 M€ sur la période 2025-2030.
En outre, 4 Md€ d’investissement seront injectés dans les infrastructures de fret entre 2023 et 2032, la moitié de cette somme étant directement investie par l’Etat. Même s’ils apparaissent encore sous-dimensionnés au regard des besoins, ces financements supplémentaires devraient permettre de faire décoller enfin la part du fret ferroviaire qui plafonne actuellement à 10,7 %.
Resserrer les liens avec SNCF Réseau
En fait, l’existence d’un contexte devenu extrêmement positif (politique RSE des entreprises, prise en compte des externalités négatives, etc) pourrait enfin servir les intérêts du rail. Mais il conviendra que la qualité de service soit au rendez-vous. Les entreprises ferroviaires n’y parviendront pas seules. Elles devront en effet resserrer leurs liens avec le gestionnaire des infrastructures ferroviaires - SNCF Réseau - afin que la remise à niveau du réseau et le développement de nouvelles infrastructures ne soient pas trop péjorants.